|
Sur tes flancs, les sapins ont caché la honte, La Meuse paresse sans histoire Et l’histoire cicatrise encore tes sillons. Ta route est comme une épine dorsale: C’est par là que tout naît ou meurt. Arrivant au creux de tes reins, Avec la peur du gendarme qui veille tant sur toi, C’est ton église à deux clochers qui nous reçoit.
Souvenirs de familles endimanchées, D’un orgue qui gémit et d’une chorale qui se traîne. Des Saints ternis mais toujours là, Des vitraux brillants, du carrelage à damiers, Et aussi des noms intrigants sur des chaises craquantes. Ils sont là, rouge aux lèvres et rasés tout frais. L’éternelle Lili veille sur des démons agités; Cierges à la main, les enfants de chœur glissent. A
la sortie, on parle des nuages et des vieilles douleurs. «Planson», deux étoiles pour le verre du dimanche. D’autres visiteront les ancêtres, Valses lentes dans le cimetière: Jeanne, Henri, Georgette et Jean, Nous savons que vous serez toujours là, Nous vous racontons ce qui se passe chez vous, Car vous en êtes partis tellement tôt. |
---|---|
Et puis d’apéritifs en déjeuners, de cafés en goûters… Nous sautons de maison en maison, De cousins en cousines, le long de ta nationale, Ivres de prunes, de chaleur et de paroles, Ce soir rassasiés, nous fermerons nos volets. Tes masures si bien rangées Donnent envie de pousser les portes: Sur des visages timides trop souvent envahis. Chaleur du poêle et odeurs mystérieuses: Des brioches de Nenette et de l’hydromel de Jean, Il fait si bon dedans. |
|
|
Puis il y a la porte magique du fond de mon enfance, L’herbe
mouillée et le silence inquiétant. Toi, ma terre rescapée. Joies des cueillettes enfouies dans les groseilliers, Le temps s’arrête sur tes saisons. L’heure des clochers nous rassure, Mais ton cœur bat au son des moissonneuses, Des sabots de vaches sur tes artères Et de la scie grinçant pour un hiver tout proche. Au bout du jardin, les champs de maïs et de blé Avec patience nous ramènent la vie: Sur ton chemin de Corois où je rêvais d’ailleurs… Ailleurs je suis, amère et loin de toi. C’est là que je veux finir, Sur ton chemin de Corois…ma terre
Dominique Fortin Octobre 1985 Photos: collection Dominique Petitjean |